Point de mire : Les délégués de l’OMOSC de Calgary, Regina et Victoria sur les défis de leurs orchestres en matière de salles.
Le Victoria Symphony (VS) se produit principalement dans deux salles différentes, soit le Royal Theatre, construit en 1913 et comptant 1400 places, et l’auditorium Farquhar à l’Université de Victoria, construit en 1978 et offrant 1200 places. Pendant l’essentiel de notre histoire, la plupart de nos séries principales et de nos concerts pop ont été tenus au Royal Theatre. Il est exploité par la Royal and McPherson Theatres Society (RMTS), une société indépendante dont le conseil d’administration inclut des représentants de conseils municipaux et du District régional de la capitale (DRC). Le RMTS gère également le McPherson Playhouse, une autre salle patrimoniale, de 771 places celle-là, construite en 1914 comme partie de la chaîne de théâtres Pantages.
Jusqu’en 1990, le VS répétait dans la salle d’une église. Cette année-là, une entente a été conclue avec le Royal Theatre prévoyant la tenue des répétitions au théâtre pour tous les programmes qui y seraient présentés (avec quelques exceptions). Cet arrangement a bien servi l’orchestre pendant deux décennies. Toutefois, les coûts ont augmenté, et il est devenu plus difficile pour le théâtre de maintenir sa rentabilité, l’octroi du DRC n’ayant pas été ajusté en conséquence.
Durant la saison 2018-2019, le conseil du RMTS a décidé de hausser le prix des locations au point où cela devenait impossible pour l’orchestre d’y tenir plusieurs jours de répétitions avant un concert. De plus, le conseil a demandé aux deux locataires principaux, soit le VS et le Pacific Opera Victoria (dont le VS occupe la fosse), de laisser le théâtre libre au moins une fin de semaine par mois, de septembre à mai, pour pouvoir l’offrir à d’autres utilisateurs (il n’y a presque aucun autre utilisateur local sauf des présentateurs qui font venir des artistes de l’extérieur de Victoria).
Le VS a donc décidé de déménager la plupart de ses programmes à l’auditorium Farquhar à l’Université de Victoria (UV). Et là, la pandémie de Covid-19 est arrivée. Au moment où nous en sortions, certains problèmes ont émergé relativement à l’utilisation de l’auditorium comme salle principale. Par exemple, l’horaire des services est très difficile pour l’orchestre les jours où la communauté universitaire a besoin de la salle (l’école de musique de l’UV l’utilise toutes les semaines pour les répétitions de ses grands ensembles). Nous sommes souvent aux prises avec des horaires brisés avec une répétition le matin et une autre le soir, mais rien l’après-midi. Et il y a un autre problème avec l’UV : sa politique de confidentialité interdit le genre de collecte de données qui est essentielle pour le marketing d’un organisme artistique souhaitant recruter de nouveaux auditoires.
Actuellement, nous sommes revenus à la répartition de nos séries principales entre l’UV et le Royal, et lorsque nous nous produisons au Royal, nous n’avons plus la possibilité d’y tenir de répétitions. C’est un grand problème pour les chefs invités qui doivent diriger des concerts dans une salle où ils n’ont encore jamais mis les pieds! À cause des coûts liés aux deux salles, le VS a réduit tous nos programmes des séries principales à une seule représentation (exception faite des concerts pop, qui ont lieu le samedi soir et le dimanche après-midi et ne requièrent que deux journées de location de la salle).
La plupart des orchestres au Canada ne sont pas propriétaires de leurs installations, mais à Victoria, nous n’avons même pas la possibilité d’entreposer du matériel à l’une ou l’autre de nos salles, du moins pas de façon permanente. Nous n’avons pas non plus de loges attitrées comme ils en ont à Calgary, Vancouver, Winnipeg ou dans un certain nombre d’autres orchestres. Notre musicothèque et notre administration sont situées à quelques pâtés de maison du Royal et à quelques kilomètres de l’UV.
Ne pas avoir notre propre salle de concert et ne pas avoir d’installation construite spécifiquement pour un orchestre symphonique résident ou une compagnie d’opéra est, à mon avis, un des facteurs qui limitent sévèrement la croissance à la fois du Victoria Symphony et du Pacific Opera Victoria. En ce moment, nous envisageons la possibilité de prendre une église et son terrain au centre-ville de Victoria, et d’y construire des espaces de répétition et des bureaux administratifs pour l’orchestre (comme l’ont fait des organismes tels que Tafelmusik à Toronto). Toutefois, c’est un projet pour le futur. Dans l’immédiat, nous composons avec des répétitions dispersées un peu partout dans la collectivité et tentons l’expérience de concerts dans des salles plus petites.
Robert Fraser, délégué du Victoria Symphony
Le 6 mai 2024




