The Organization of Canadian Symphony Musicians
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Bob Fraser, president de l'OMOSCDans ma dernière chronique, j’ai évoqué les origines de l’OMOSC et le fait que bon nombre des problèmes auxquels notre milieu était confronté en 1976 persistent encore aujourd’hui. Cette fois-ci, j’espère vous donner un aperçu de certaines des réalisations historiques de l’OMOSC et vous présenter le véritable rôle d’une association de musiciens.

 

J’ai déjà abordé plusieurs de ces sujets par le passé, tant ici que dans l’International Musician, mais je pense qu’il vaut la peine de revenir périodiquement sur certains de ces moments de notre histoire, d’autant plus que pas moins de dix pour cent des membres de l’OMOSC ont changé au cours des trois dernières années.

 

L’AFM a toujours été un syndicat diversifié ; il a toujours été organisé en sections locales géographiques, chacune disposant d’une autonomie relative quant à la manière de négocier les conditions de travail et de fixer les tarifs locaux pour tous les types de travail. Les associations de musiciens (AM) — il y en a six aujourd’hui, les trois AM symphoniques, l’association des musiciens d’enregistrement, l’association des musiciens de théâtre et désormais l’association des musiciens indépendants –  sont nées du besoin des musiciens qui gagnent principalement leur vie dans un secteur donné d’être mieux organisés, non seulement au sein de leurs propres unités de négociation, mais aussi au sein du syndicat dans son ensemble.

 

Cela vous surprendra peut-être, ou peut-être pas, mais les premières tentatives des musiciens pour obtenir une représentation plus significative au sein de leur syndicat n’ont pas reçu un accueil unanimement positif de la part des dirigeants syndicaux. Avant la création de l’ICSOM (International Conference of Symphony and Opera Musicians) en 1962, les sections locales de l’AFM étaient souvent décrites comme des organismes très « hiérarchisés ». Les administrateurs locaux étaient connus pour négocier sans consulter les membres des unités de négociation. On décourageait les musiciens, voire leur interdisait de former des comités d’orchestre, et toute tentative en ce sens se heurtait à l’hostilité, les musiciens étant accusés de « double syndicalisme ».

 

Si vous souhaitez lire un ouvrage intéressant sur les débuts des efforts qu’ont déployés les musiciens symphoniques pour prendre le contrôle de leurs conditions de travail, c’est peut-être la quatrième fois dans Una Voce que je recommande ce livre : More Than Meets the Ear: How Symphony Musicians Made Labor History, de Julie Ayer. Mme Ayer était autrefois second violon solo associée du Minnesota Orchestra. Je mentionne probablement ce livre à chaque conférence de l’OMOSC ; je pense qu’il devrait être une lecture obligatoire pour tous les membres de notre profession. Note en marge : je crois avoir prêté mon exemplaire papier à un autre musicien et ne l’avoir jamais récupéré ; je viens d’acheter l’édition Kindle et cela ne m’a coûté qu’un petit nombre de points de ma carte de crédit. Achetez-le tout simplement, il ne coûte que 10 $.

 

L’une des premières choses que les courageux fondateurs de cette première association de musiciens ont faites a été de se réunir et de comparer leurs conditions de travail de base. C’est quelque chose que nous tenons pour acquis aujourd’hui, mais à l’époque, avant l’avènement des moyens de communication de masse, c’était une véritable révolution. Le simple fait de connaître les salaires de base dans deux villes différentes, mais de taille similaire, constituait une nouveauté pour ces musiciens. Et c’est peut-être là la fonction la plus importante des associations de musiciens : la capacité à partager des informations à l’échelle de l’ensemble du syndicat (et désormais à l’échelle mondiale grâce à la Fédération internationale des musiciens). Ces premières réunions de musiciens issus de différents orchestres ont débouché sur un certain nombre de choses que nous tenons pour acquises aujourd’hui.

 

Tout d’abord, notre syndicat comprend désormais des divisions distinctes et du personnel dans ses bureaux aux États-Unis et au Canada qui assurent des services aux musiciens selon leurs domaines spécifiques. Ces divisions ont vu le jour en partie grâce aux efforts de lobbyisme des musiciens. Le Département symphonique a été l’un des premiers bureaux créés; il est connu aujourd’hui sous le nom de Division des services symphoniques.  (À titre d’information : l’OMOSC a mené des initiatives de lobbyisme pour la création d’un tel bureau au Canada, et nous avons eu au moins un employé au Canada depuis l’époque où j’ai commencé à exercer notre profession, en 1990). Les délégués des associations de musiciens et les administrateurs locaux recueillent une quantité considérable de données auprès de chaque unité de négociation afin de créer des tableaux comparatifs des salaires et des conditions de travail. Chaque association dispose de son propre forum de discussion par courriel réservé aux délégués, où des questions fusent pratiquement chaque semaine tout au long de la saison : « Comment votre orchestre gère-t-il telle ou telle situation ? » ou « Combien d’entre vous ont un droit de veto du chef lors des auditions et des audiences d’évaluation de la probation ? ». Tout musicien peut consulter la convention collective de n’importe quel autre orchestre. Et grâce aux moyens de communication modernes, les délégués peuvent se réunir virtuellement pendant la saison pour rendre compte des activités de leur orchestre.


À ce stade, je me dois de parler des changements qui sont survenus dans le fonctionnement de l’OMOSC depuis mes débuts. Quand j’ai commencé, il n’y avait pas d’Internet (ce n’est pas tout à fait vrai, mais vous voyez ce que je veux dire). La première communication de l’OMOSC que j’ai reçue était un bulletin d’information imprimé de 32 pages (!!) envoyé au délégué de l’OMOSC de mon orchestre et déposé sur mon pupitre. À mes débuts en tant que délégué de l’OMOSC (ma première conférence remonte à 1999), nous déplorions les dépenses considérables que nous engagions pour transmettre ces informations aux musiciens, comme envoyer les bulletins d’information et les tableaux des salaires. En examinant les anciens états financiers de l’OMOSC, on constate que le bulletin d’information représentait jusqu’à 40 % de nos dépenses totales – pour que certaines personnes se contentent de le laisser sur leur pupitre. Nous sommes aujourd’hui dans une situation où nous pouvons diffuser l’information immédiatement par voie électronique, mais au lieu d’être laissée sur un pupitre, elle est bloquée par un filtre antipourriel ou perdue dans une boîte de réception saturée de centaines d’autres courriels ; ou encore piégée dans un océan de données où se livre une bataille épique entre des algorithmes qui rivalisent pour attirer notre attention. Je ne sais pas trop où je veux en venir avec ce paragraphe, si ce n’est peut-être que la communication de masse est à la fois plus facile et, ironiquement, plus difficile que jamais.

 

Cela m’amène au point suivant : malgré tous les changements positifs apportés à notre syndicat et tous les moyens de communication miraculeux à notre disposition, l’activité centrale de l’OMOSC consiste, et restera probablement toujours, en une conférence annuelle en présentiel. Et cela reste le cœur de la plupart de nos activités chaque saison : organiser un rassemblement annuel où les représentants de chaque orchestre peuvent aborder des problèmes, partager des expériences et apprendre auprès d’experts de notre domaine et de domaines connexes.

 

En repensant aux seules conférences de l’OMOSC auxquelles j’ai assisté (cet été sera ma 27e !!!), j’ai déjà fait remarquer que certains problèmes persistent, mais je peux également attester que nous avons pris des directions intéressantes. L’avantage de faire partie d’un syndicat (et d’être soumis à ses règles) tout en étant un organisme distinct qui défend les intérêts d’un type particulier de musiciens, c’est que nous avons pu diversifier ce que nous offrons à nos membres.

 

L’une des choses dont je suis le plus fier, et pour laquelle je dois remercier mes prédécesseurs pour leurs années de travail, c’est la relation positive que l’OMOSC entretient avec l’organisme national qui est au service des orchestres canadiens : Orchestres Canada. C’est lui qui dessert l’ensemble de la communauté orchestrale du pays, des orchestres de jeunes et communautaires aux orchestres entièrement professionnels, et qui offre en particulier des ressources pour la gestion et le leadership des orchestres. Étant donné que nous travaillons tous dans un milieu syndiqué et que nous nous retrouvons face à face avec les gestionnaires autour d’une table, il semblerait évident que la relation entre nos deux organismes doive être gérée avec une extrême prudence. Certains pourraient même soutenir que nous ne devrions entretenir aucun lien et que toute forme de coopération affaiblit notre position à la table des négociations. Je dirais au contraire que notre position est renforcée par notre relation avec Orchestres Canada. En effet, bâtir des relations fondées sur le respect et la confiance mutuels au plan national ne peut que contribuer à les établir à l’échelle locale. Et ce n’est pas parce que nous coopérons avec « l’autre partie » de notre convention collective que nous ou « l’autre » devons faire des compromis dans la manière de poursuivre nos propres objectifs.

 

Je suis particulièrement fier aussi de la manière dont l’OMOSC s’est efforcée de combler les lacunes dans notre formation et notre développement comme musiciens. J’aime à penser que l’OMOSC « nous enseigne tout ce que nous n’avons pas appris à l’école de musique ». Cela est particulièrement vrai en ce qui concerne la santé et le mieux-être. Lorsque les premiers praticiens de la médecine des arts de la scène ont commencé à exercer au Canada dans les années 1980, l’OMOSC a contribué à faire passer le message auprès de la communauté orchestrale. Des sujets jusqu’alors tabous (le trac, jouer malgré des blessures ou supporter des conditions de travail irréalistes) ont été mis au premier plan. Lors de conférences, nous avons présenté des exposés sur un large éventail de questions liées à la santé des musiciens : la santé auditive (y compris les dernières avancées technologiques en matière de protection auditive), la santé musculo-squelettique, la cartographie corporelle, l’ergothérapie, le trac.  Cet été, nous abordons les habitudes de pratique. Je me souviens de la première projection canadienne de « Composed » – un documentaire de John Beder qui s’intéressait à la manière dont les musiciens gèrent leur trac lors des auditions et au travail. Le premier commentaire d’un délégué a été : « J’aurais aimé que ce film soit réalisé quand j’étais étudiant ! ».

 

Nous avons également eu des présentations sur des sujets que, étudiant, je n’aurais jamais cru voir au programme d’une conférence de musiciens d’orchestre. Parmi eux, il y a la formation aux médias : nous avons eu quelques intervenants qui nous ont offert des jeux de rôle pour apprendre à parler aux journalistes, élaborer et diffuser notre message en cas de crise, comme une grève ou un lock-out, et bâtir des relations au sein de notre communauté en tant que groupe de musiciens d’orchestre affiliés à un syndicat. En ce qui concerne les intervenants traitant du gouvernement, ils ont été particulièrement intéressants et utiles. Comme une grande partie de notre financement provient de divers gouvernements, généralement d’organismes de financement indépendants comme le Conseil des Arts du Canada ou leurs équivalents provinciaux, il a été utile que des administrateurs de ces organismes viennent nous faire des présentations. Nous avons même accueilli de véritables politiciens, comme le regretté sénateur Tommy Banks, qui nous a donné en quelques minutes un aperçu du fonctionnement du gouvernement que beaucoup d’entre nous n’auraient pu acquérir en une décennie. Nous avons également accueilli des intervenants qui ne travaillent pas pour le gouvernement, mais qui ont une connaissance particulière de son fonctionnement, comme le journaliste Paul Wells, qui a consacré sa carrière à couvrir les activités du Parlement (qu’il est également un passionné de musique et un fervent défenseur de la communauté des musiciens).

 

Il y a tant à dire sur le travail de l’OMOSC que je n’en ai donné qu’un bref aperçu ici. Je n’ai même pas encore abordé les avantages collectifs (assurance des instruments) ni la base de données d’évaluation des chefs d’orchestre. Je suis presque certain que la plupart de ce que je viens de vous dire a déjà été écrit auparavant, et je répète que j’aimerais que vous puissiez tous assister à au moins une conférence de l’OMOSC pour voir ce qui s’y passe. Ne serait-ce que pour passer du temps avec des collègues, dont la plupart ne sont séparés que de quelques degrés, la communauté orchestrale étant ce qu’elle est.

 

À ceux d’entre vous dont la saison vient de s’achever, je souhaite une pause bien méritée après le travail important que vous accomplissez ; à ceux qui travaillent encore, je souhaite de bien terminer votre saison. Je suis, comme toujours, votre humble serviteur --

Bob Fraser, Trombone basse, Victoria Symphony (depuis 1990); Président de l’OMOSC (depuis 2013)